| Un sultan à Delhi
A la fin du XII ième siècle, les
Turcs s'installèrent pour longtemps. Le sultan Mohammed de
Ghor et son général mamelouk (esclave) Qutb-ud-din
Aybak s'emparèrent de Rhazni en 1173 et envahirent l'Inde
à la tête de leurs troupes afghanes. Les peuples du
Rajputana conclurent une tardive alliance et combattirent vaillamment.
En 1193, cependant, les Turcs étaient maîtres de Peshawar,
Lahore et Delhi.
Le sultan retourna à Rhazni, laissant ses conquêtes
indiennes à la charge de Qutb-ud-din, resté à
Delhi. Les conquérants se dirigèrent vers l'est pour
s'emparer du Bengale (1202).
Lorsque son maître fut assassiné en
1206, Qutb-ud-din se proclama sultan de Delhi, inaugurant ainsi
la première dynastie islamique de l'Inde. Le sultanat dura
trois cent vingt ans, mais le nouveau sultan ne régna que
quatre années.
Une fois passés les premiers effets de l'oppression,
la présence des Turcs stimula la marche languissante des
choses. La langue persane parlée à la cour enrichit
la littérature et, se mêlant aux dialectes de souche
sanskrite de l'Inde septentrionale, donna naissance à l'hindoustani.
La peinture et l'architecture se renouvelèrent et les routes
furent pavées. Dans le même temps, la conversion à
l'islam fut, plutôt qu'imposée, encouragée comme
moyen de réussite sociale.
Pour leur part, les Turcs adoptèrent la
cuisine et le costume indiens comme étant mieux appropriés
au climat, en même temps qu'une forme modifiée du système
hindou des castes. Au sommet se trouvaient les individus d'origine
étrangère - Turcs, Arabes, Afghans et Persans, dits
ashraf, ou "honorables". Venaient ensuite les hindouistes
convertis et la caste supérieure, puis les corporations "pures"
des marchands et des artisans, et en dernier lieu les métiers
"impurs", tels que celui de balayeur, etc.
Parmi les premiers souverains, il convient de mentionner
la seule et unique femme musulmane qui ait régné en
Inde, Raziyya, petite-fille de Qutb-ub-Din. "Sage, juste et
généreuse" a dit d'elle un historien musulman
contemporain, "elle était douée de toutes les
qualités convenant à un roi, mais étant née
femme, les hommes estimaient que toutes ses vertus ne comptaient
pour rien." Tant de sagesse, de justice et de générosité
ne parurent guére tolérables, elle mourut assassinée
au bout de trois ans.
On sembla préférer un despote du
nom d'Ala-ub-Din Khilji (1296 - 1316), qui repoussa les envahisseurs
mongols derrière la frontière afghane en 1306, puis
l'année suivante, étendit son empire jusqu'à
la pointe extrême de la péninsule.
Ses successeurs firent peu pour assurer leur autorité
sur cette possession. Le Sud demeura sous la domination du royaume
hindou de Vijayanagar pendant les deux cent cinquante ans qui suivirent.
Sous la dynastie des Tughluq, le sultanat de Delhi
ne put se maintenir dans le Nord et des royaumes musulmans sécessionnistes
se formèrent au Bengale et dans le Deccan.
La fin allait être précipitée
par un homme auprès duquel les premiers envahisseurs musulmans
font figure d'enfants de chœur, le Mongol Tumur le Boiteux, connu
aussi sous le nom de Tamerlan. Sous prétexte que les sultans
étaient de mauvais musulmans, trop doux envers leurs sujets,
il fondit sur Delhi en 1398, massacrant des milliers d'hindous et
en emmenant des milliers d'autres en esclavage. Il laissait derrière
lui la peste et la famine et l'empire indien des Turcs en miettes.
Celui-ci tombera entre les mains d'éleveurs de chevaux afghans,
les Lodi, qui, à leur tour, succomberont sous l'assaut des
descendants de Timur, les Moghols.
En 1498, le grand navigateur portugais Vasco de
Gama jeta l'ancre sur la côte de Malabar, frayant la voie
à ses compatriotes, qui devaient s'établir à
Goa. Les marchands européens voulaient priver les Arabes
du commerce des épices, de crainte que l'enrichissement du
Maghreb ne constituât une menace pour l'Europe chrétienne.
En leur compagnie apparurent des missionnaires
catholiques, qui trouvèrent leur meilleure clientèle
parmi les hindous des castes inférieures. Saint François
Xavier, arrivé en 1548, entama sa mission chez les pêcheurs
de perles de Goa, avant de faire voile vers le Japon.
Les marchands tentèrent au début
d'écouler des étoffes, du vin et des colliers en échange
d'or et d'ivoire, mais les négociants de Calicut (aujourd'hui
Kozhikode) n'apprécièrent pas qu'on voulut les acheter
avec de la verroterie et une méchante eau-de-vie. Les Portugais
recoururent alors aux grands moyens et, profitant de la présence
d'une flotte égyptienne de navires marchands, ils la chassèrent
à coups de canon et s'assurèrent en même temps
(1509) le contrôle de la côte de Malabar. N'ayant pas
de femmes, les soldats portugais épousèrent des indiennes.
Aujourd'hui, beaucoup d'habitants de Goa sont leurs descendants
ou ceux de convertis qui, lors de leur baptême, prirent le
patronyme de leurs parrains portugais.
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