Brahmana Les
brahmanes sont les premiers, puisqu’ils sont nés de la bouche,
partie du corps la plus pure (ou apte à l’œuvre rituelle,
medhya). Les plus éminents parmi les brahmanes sont ceux
qui sont savants, parmi les savants ceux qui ont une conscience
accomplie, parmi ceux qui ont une conscience accomplie ceux qui
agissent, parmi ceux qui agissent ceux qui connaissent le Brahman.
C’est donc le primat de la connaissance qui, à
côté de son origine mythique, fonde effectivement la
prééminence du brahmane. La fonction sacerdotale du
brahmane vient en second lieu; elle dérive de sa science.
Le prêtre védique appelé brahmane n’officie
pas, mais surveille les cérémonies comme expert, intervient
en cas de fautes. L’appartenance des divers autres prêtres
à telle ou telle classe sociale n’est pas précisée
dans les textes védiques, bien que probablement les principaux
au moins aient appartenu à la classe brahmanique. De toute
façon, la profession de prêtre n’est pas nécessairement
l’occupation des brahmanes. Le chapelain royal, ou purohita, a été
ordinairement un brahmane, mais il était possible qu’un ksatriya
ou rajanya, de la classe guerrière, prenne les fonctions
de purohita. Réciproquement l’Antiquité connut un
pays dit Brahmanaka, qui appartenait à des brahmanes guerriers
; et Alexandre s’empara d’une ville de brahmanes guerriers au Panjab.
D’après le Mahabharata, l’art militaire (dhanurveda) a été
enseigné par le brahmane Drona (car le brahmane est essentiellement
le détenteur de la connaissance). À travers toute
l’histoire, des brahmanes devinrent rois ou guerriers, à
l’époque moderne chez les Marathes notamment ; de même
dans les armées indiennes d’aujourd’hui. Dans la pratique
de la religion hindoue jusqu’à nos jours, non seulement tous
les brahmanes ne sont pas prêtres, mais encore tous les prêtres
ne sont pas brahmanes. Les usages varient à cet égard.
Ceux des brahmanes qui exercent la profession d’officiants de temples
sont loin d’être considérés comme du rang le
plus élevé dans leur classe. L’ascendance des familles
brahmaniques, la lignée (gotra) à laquelle elles se
rattachent, les professions intellectuelles auxquelles elles se
consacrent et leur rigueur dans l’observance des règles de
l’orthodoxie des Dharmasastra constituent leurs principaux éléments
de prestige. La valeur morale a compté beaucoup : d’après
une Upanisad, un garçon de père inconnu et de mère
servante d’auberge est réputé brahmane à cause
de sa sincérité.
|