Le Mahatma (1915 - 1948)
De
1916 à 1920, Gandhi devient très vite le grand leader
indien. Jusqu’en 1948, l’essentiel de la vie politique indienne
est axé sur lui. En fait son action sera multiple (politique,
réformes sociales, purification morale). On peut néanmoins
ramener à deux thèmes essentiels l’action du Mahatma
: la lutte contre les injustices sociales et celle contre l’empire
britannique.
Le réformateur social
Inégalités et injustices étaient
nombreuses en Inde : misère quasi générale
(surtout chez les ruraux), injustice de la condition féminine,
situation des Intouchables, intolérance mutuelle régissant
trop souvent les rapports entre hindous et musulmans. L’une des
particularités de Gandhi est de mener conjointement les luttes
politiques et sociales.
En 1916 - 1917, il est amené à prendre
la défense de deux groupes défavorisés : les
paysans travaillant pour les planteurs d’indigo dans la région
du Champaran et les ouvriers du textile d’Ahmadabad. Dans ces deux
cas Gandhi utilise avec succès la non-violence, la désobéissance
civile et le jeûne, lors de la grève à Ahmedabad,
qui a pour but de faire pression sur les patrons, en s’adressant
à leur cœur, et sur les ouvriers, dont la détermination
faiblissait.
Toute sa vie, Gandhi reste attaché au khadi
(toile de coton) et au mouvement Svadeshi (de svadesh, soi-même)
et particulièrement de 1925 à 1927 et de 1932 à
1935. Il poursuit un double but : frapper la Grande-Bretagne dans
son commerce extérieur et promouvoir la fabrication et la
vente des produits de l’artisanat local. Cet objectif présentait
des avantages : amélioration du niveau de vie rural, création
d’une solidarité entre villes et campagnes (les citadins
étant exhortés à acheter du tissu khadi), revalorisation
du travail manuel (en cela, il se montre le disciple de Ruskin).
La lutte contre l’intouchabilité est
une préoccupation constante chez Gandhi. Il s’attaque seulement
à l’intouchabilité et non au système des castes
(division de la société indienne en groupes héréditaires
hiérarchiques). Il considère cette discrimination
comme indigne d’une nation aspirant à la liberté.
Pour lui, le svaraj (indépendance) sera impossible tant que
subsistera cette malédiction qu’est l’intouchabilité.
Sa lutte redoubla quand la Grande-Bretagne, après la IIe
Conférence de la table ronde (Londres, sept. 1931), décida
la création de collèges électoraux séparés
pour les Intouchables. Le Mahatma protesta contre cette mesure qui,
selon lui, ne ferait que confirmer leur statut d’infériorité
en instituant une ségrégation électorale. Un
échange de lettres avec le gouvernement britannique n’ayant
abouti à aucune solution et le projet de loi ayant été
adopté, Gandhi décida (sept. 1932) de commencer un
jeûne qui ne prendrait fin qu’avec sa mort. L’émotion
qui s’empara du pays amena les dirigeants et les chefs religieux
à négocier un accord après avoir difficilement
convaincu B. R. Ambedkar (principal leader intouchable) : le pacte
de Poona, tout en augmentant le nombre des sièges réservés
aux Intouchables, supprimait la notion d’électorat séparé.
Bien que moins spectaculaire, l’action de Gandhi se poursuivit soit
symboliquement (il appelle son hebdomadaire Harijan = enfant de
Dieu, nom qu’il avait donné aux Intouchables), soit concrètement.
À partir de 1937, il exercera des pressions sur les ministres
congressistes pour qu’ils abolissent légalement les incapacités
sociales des Intouchables.
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